Unité 5 · Leçon 15D’amour ou d’amitié

Comme les deux doigts de la main

A first-person story about a lifelong friendship tested by distance, career paths, and the slow drift that happens when two lives diverge.

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Histoire — 5 min

L’amitié qu’on croyait éternelle

The friendship we thought was eternal

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Si j’avais su, à dix-huit ans, que mon meilleur ami deviendrait un jour un étranger, j’aurais sans doute ri. On était inseparables. On se disait tout. On croyait que rien ne pourrait nous séparer. On avait tort.

Tout a commencé au lycée. Romain et moi, on s’est rencontrés en seconde, dans un cours de philosophie où personne ne comprenait rien. On s’est regardés, on a éclaté de rire, et c’était parti. Pendant cinq ans, on a tout partagé : les soirées, les voyages, les peines de cœur. Si on m’avait dit qu’un jour je ne connaîtrais même plus son adresse, je n’y aurais jamais cru.

Après le bac, j’aurais voulu qu’on reste dans la même ville. Mais Romain a choisi Montréal. Au début, on s’appelait chaque semaine. Il aurait pu me prévenir qu’il ne rappellerait plus. Au bout de six mois, les appels sont devenus mensuels. Puis trimestriels. Puis plus rien. J’aurais dû insister, j’aurais dû lui écrire une vraie lettre au lieu d’un simple « Ça va ? » sur WhatsApp.

On s’est revus cinq ans plus tard, à Paris, pour le mariage d’un ami commun. Si seulement j’avais anticipé ce que j’allais ressentir. On s’est dit bonjour comme des collègues, pas comme des frères. Il avait changé : costume, cravate, discours sérieux sur l’immobilier. Le Romain de dix-huit ans, celui qui rêvait de faire le tour du monde en van, avait disparu.

Ce soir-là, après le repas, on est sortis fumer sur la terrasse. Et là, quelque chose s’est passé. Il m’a regardé et il a dit : « Tu sais, j’aurais aimé qu’on ne se perde pas. » J’ai senti ma gorge se serrer. J’aurais voulu lui répondre que c’était aussi de sa faute. Mais j’ai juste dit : « Moi aussi. »

Aujourd’hui, on se parle à nouveau. Pas comme avant — on ne sera plus jamais les deux ados sur un scooter à Marseille. Mais on essaie. Si j’avais su que l’amitié demandait autant d’effort que l’amour, j’aurais fait les choses différemment. L’amitié n’est pas un acquis. C’est une plante qu’il faut arroser. Et parfois, on oublie.

Pratique & Révision

Point grammaire

Cette histoire est construite autour du conditionnel passé : « j’aurais dû insister », « si j’avais su », « il aurait pu me prévenir », « j’aurais aimé qu’on ne se perde pas ». C’est le temps du regret et de l’irréel du passé.

What you'll learn: The past conditional is the tense of regret, reproach, and what-ifs. Combined with ‘si + pluperfect,’ it lets you express what would have happened if things had been different.