Unité 4 · Leçon 12De la tête aux pieds

Le corps que j’ai, le corps que je suis

A first-person essay exploring body image, transidentity, disability, and the boundaries between who we are and the body we inhabit.

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Essai — 5 min

Mon corps, ce compagnon étrange

My body, that strange companion

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Quand j’aurai terminé ce texte, j’aurai dit des choses que je n’ai jamais dites à voix haute. Des choses sur le corps — le mien, celui des autres, celui qu’on voudrait avoir, celui qu’on n’a pas choisi.

J’ai grandi dans un corps qui ne me ressemblait pas. Pas physiquement — plutôt intérieurement. Comme un vêtement trop serré qu’on porte tous les jours sans pouvoir l’enlever. À vingt ans, quand j’aurai enfin compris ce que je ressentais, j’aurai déjà passé des années à me sentir étranger à moi-même. La transidentité, c’est ça : un décalage entre le corps et l’identité profonde.

Mais cette réflexion dépasse la transidentité. Combien de personnes vivent une guerre silencieuse avec leur corps ? Les personnes en situation de handicap savent que le regard des autres peut être plus invalidant que le handicap lui-même. Quand ils auront surmonté les obstacles physiques, ils devront encore affronter les préjugés. Une société qui juge les corps est une société qui exclut.

La philosophie nous interroge aussi. Dès que nous aurons accepté que le corps est un outil — pas une prison —, nous aurons fait un pas immense. Le philosophe Merleau-Ponty écrivait que nous ne « possédons » pas un corps : nous « sommes » notre corps. Cette idée change tout. Si je suis mon corps, alors le transformer, c’est me transformer. Et c’est un droit.

Aujourd’hui, la science repousse les limites du corps humain. Les prothèses bioniques, les traitements hormonaux, les greffes de visage — quand la médecine aura rattrapé nos rêves, de nouvelles questions éthiques se poseront. Jusqu’où peut-on modifier le corps ? Qui décide ? Quand nous aurons les moyens techniques de tout changer, aurons-nous la sagesse de fixer des limites ?

Je ne prétends pas avoir les réponses. Mais je sais une chose : dès que j’aurai cessé de considérer mon corps comme un ennemi, j’aurai commencé à vivre vraiment. Le corps que j’ai n’est peut-être pas celui que j’aurais choisi. Mais c’est le corps que je suis. Et c’est avec lui que j’avance.

Pratique & Révision

Point grammaire

Cet essai utilise le futur antérieur pour projeter des actions achevées dans l’avenir : « quand j’aurai terminé », « dès que nous aurons accepté », « lorsque la médecine aura rattrapé nos rêves ». C’est un temps essentiel pour structurer la pensée complexe.

What you'll learn: The future perfect lets you express actions that will be completed before other future events. Combined with temporal conjunctions (quand, dès que, lorsque), it structures complex thinking about cause and consequence in the future.