Unité 3 · Leçon 7De la fourche à la fourchette

Les femmes qui nourrissent l'Afrique

A journalistic text about women-led agricultural cooperatives in West Africa and their fight for food sovereignty.

Work through each section at your own pace — click to expand

Des femmes en tenues colorées travaillent ensemble dans un champ verdoyant sous un ciel lumineux
Reportage — 7 min

Les femmes qui nourrissent l'Afrique

The women who feed Africa

Tap any paragraph to reveal the English translation.

En Afrique de l'Ouest, les femmes produisent près de quatre-vingts pour cent de la nourriture consommée localement. Pourtant, elles ne possèdent que cinq pour cent des terres. Comment, dans ces conditions, parviennent-elles à nourrir des millions de personnes ?

Quand bien même les statistiques officielles les ignoreraient, les femmes sont le pilier de l'agriculture africaine. Au Sénégal, au Burkina Faso, au Mali, elles cultivent le mil, le sorgho, l'arachide et les légumes qui nourrissent les familles. Elles ont beau travailler du lever au coucher du soleil, elles sont rarement reconnues comme agricultrices. Les titres fonciers sont au nom des hommes, les crédits bancaires leur sont refusés, et les programmes de formation agricole les excluent souvent.

Face à ces obstacles, des milliers de femmes se sont organisées en coopératives. La coopérative de Ndiémane, au Sénégal, en est un exemple remarquable. Fondée en 2009 par une vingtaine de villageoises, elle regroupe aujourd'hui plus de trois cents membres. Quoique les débuts aient été difficiles — manque de capital, méfiance des hommes, sécheresses répétées —, la coopérative a réussi à mettre en place un système d'irrigation collective et une caisse d'épargne solidaire.

Awa Diallo, la présidente de la coopérative, explique : « On a beau nous dire que les femmes ne savent pas gérer, nos comptes sont meilleurs que ceux de beaucoup d'entreprises. » Depuis la création de la caisse, le taux de remboursement des microcrédits atteint quatre-vingt-dix-huit pour cent — un chiffre que les banques commerciales envient. Quoique la coopérative reste fragile face aux aléas climatiques, elle a considérablement amélioré les conditions de vie du village.

Le modèle se diffuse. Au Burkina Faso, l'ONG Hunger Free a formé plus de cinq mille femmes à l'agroécologie. Quand bien même les moyens seraient limités, les résultats sont spectaculaires : les rendements ont augmenté de quarante pour cent sans engrais chimiques, grâce à des techniques ancestrales remises au goût du jour. L'agroécologie, souvent présentée comme un luxe de pays riches, prouve ici qu'elle est avant tout une question de bon sens paysan.

Les femmes qui nourrissent l'Afrique n'attendent pas de reconnaissance internationale. Elles ont beau être invisibles dans les rapports de la FAO et les sommets mondiaux, elles continuent de labourer, de semer et de récolter. Leur force réside dans cette obstination tranquille — et dans la certitude que nourrir les siens est le geste politique le plus puissant qui soit.

~ 80%
Part de la nourriture produite par les femmes en Afrique de l'Ouest
~ 5%
Part des terres possédées par les femmes
98%
Taux de remboursement des microcrédits (coopérative Ndiémane)
Pratique & Révision

Point grammaire

Ce reportage est construit autour de la concession : les femmes africaines réussissent malgré tout, envers et contre tout. Chaque paragraphe utilise quoique, quand bien même ou avoir beau pour souligner ce paradoxe. Ces structures sont essentielles pour argumenter au B2.

What you'll learn: This report is built around concession: African women succeed despite everything, against all odds. Each paragraph uses quoique, quand bien même, or avoir beau to highlight this paradox. These structures are essential for B2-level argumentation.